Napoléon colonial : 1802, le rétablissement de l'esclavage

Napoléon colonial : 1802, le rétablissement de l'esclavage

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Note de la FME n°2 sur le rétablissement de l'esclavage par Napoléon
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Pourquoi Bonaparte a-t-il rétabli l’esclavage ?
La Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage publie une Note historique

Dans le cadre du bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte, la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage revient sur sa décision de rétablir l’esclavage dans les colonies françaises en 1802.

A cette occasion, la Fondation publie le numéro 2 des Notes de la Fondation, intitulé : « Napoléon colonial : 1802, le rétablissement de l’esclavage ».

Une publication qui permet de comprendre comment le premier Etat européen à avoir aboli l’esclavage dans ses colonies en vient à le rétablir, fait unique dans l’histoire du monde. L’action de Napoléon y est restituée pleinement dans son contexte historique, celui de l’héritage de la Révolution qui s’était propagée et avait mis à l’épreuve ses principes fondamentaux de liberté et d’égalité dans les colonies, celui de la réaction sociale, économique et intellectuelle qui marque le Consulat et l’Empire, celui d’une ambition géopolitique américaine de Bonaparte qui finira par tourner court. 


Cette Note de la Fondation est composée de :

  • un article historique cosigné par quatre historiens spécialistes de la période :
    Marcel Dorigny
    Bernard Gainot
    Malik Ghachem
    - Frédéric Régent
  • une bibliographie
  • une iconographie
  • des extraits de textes originaux de l’époque

Un document précieux pour replacer la décision de Bonaparte dans son contexte.

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La sortie de cette Note de la Fondation est accompagnée d’une vidéo qui résume en 3 minutes l’essentiel sur le rétablissement de l’esclavage.

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Note de la FME n°2 sur le rétablissement de l'esclavage par Napoléon
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Pourquoi Bonaparte a-t-il rétabli l’esclavage ? La FME publie une Note historique.

La FME publie une vidéo : Pourquoi Napoléon a t-il rétabli l'esclavage ?

La FME publie une vidéo :
Pourquoi Napoléon a t-il rétabli l'esclavage ?

Une vidéo en 3 min de la FME

A l’occasion de la sortie d’une Note de la Fondation consacrée au rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802, et dans le cadre de sa mission de transmission pour le plus grand nombre, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage propose sur ses réseaux sociaux une vidéo de 180 secondes pour suivre l’enchaînement des décisions et des actions qui aboutissent au retour en esclavage de 300 000 personnes dans les colonies et à l’indépendance haïtienne.

« Pourquoi Napoléon a-t-il rétabli l’esclavage ? »

En 3 minutes, l’essentiel sur le rétablissement de l’esclavage

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Pour approfondir, consultez le numéro 2 des Notes de la Fondation « Napoléon colonial : 1802, le rétablissement de l’esclavage » :

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vidéo Napoléon esclavage
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Pourquoi Napoléon a-t-il rétabli l’esclavage ? En 3 minutes, l’essentiel de ce qu’il faut savoir en vidéo.

Une nouvelle bourse doctorale de la Fondation avec le Musée quai Branly- Jacques Chirac

Une nouvelle bourse doctorale de la Fondation avec le Musée quai Branly- Jacques Chirac

APPEL A CANDIDATURES ANNEE UNIVERSITAIRE 2021 – 2022

Bourse d’études doctorales pour la connaissance de l’esclavage colonial et de ses conséquences et héritages.

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Le musée du quai Branly – Jacques Chirac et la Fondation pour la mémoire de l’esclavage proposent pour l’année universitaire 2021-2022 une bourse doctorale destinée à aider un.e jeune doctorant.e à mener à bien des projets de recherche originaux et innovants.

Depuis son ouverture en juin 2006, le musée du quai Branly – Jacques Chirac s’efforce de questionner le sens, l’usage et la portée des collections dont il est dépositaire. Le travail engagé passe également par une programmation ambitieuse et multiforme sur ces questions. De nombreuses expositions, rencontres, conférences, projections ont ainsi permis d’appréhender l’histoire de l’esclavage, de la colonisation, du racisme, de la lutte pour l’égalité des droits, des indépendances. La bourse de recherche proposée avec la Fondation pour la Mémoire de l’esclavage s’inscrit dans cette dynamique.

Les orientations stratégiques du programme recherche de la Fondation consistent à "connecter" la recherche sur les sujets touchant à l'esclavage et ses héritages, avec l'action citoyenne et sociale, ainsi qu'à encourager les passerelles entre les territoires en Europe et hors d'Europe (en particulier les collectivités d’outre-mer).

Dans le cadre de ce partenariat, cette bourse concerne des projets de recherche dans les disciplines suivantes : l’histoire, l’anthropologie sociale, l’ethnomusicologie, l’histoire de l’art, l’archéologie, la sociologie, les arts du spectacle.

Elle encourage la recherche sur des thématiques ou des approches privilégiées : histoire culturelle et des représentations, muséologie et patrimonialisation, étude des sociétés post esclavagistes et héritages sociaux et culturels matériels et immatériels, perspectives africaines sur l’esclavage, étude des dynamiques sociales, des résistances.

Les projets particulièrement susceptibles de tirer parti de l’environnement du musée du quai Branly – Jacques Chirac (collections, archives, médiathèque, communauté scientifique) seront examinés avec la plus grande attention.

Au cours de l’année, le ou la candidat.e sélectionné.e présentera un chapitre de sa thèse ou un article original dans le cadre du séminaire interne du département de la Recherche et de l’Enseignement du musée du quai Branly – Jacques Chirac, et présentera sa démarche et une sélection de ses résultats, dans le cadre d’une production multimédia en ligne de la FME.

Cette bourse doctorale est destinées à soutenir un.e doctorant.e en fin de thèse inscrit(e)s au moins en troisième année pour l’année universitaire 2021-2022 (dans une université française ou étrangère). Cette bourse est une aide à la rédaction et exclue les recherches de terrain et d’archive.

Cette bourse doctorale est attribuée pour une durée de 12 mois non reconductible, du 1er septembre au 31 août. Elle sera en 2021/2022 d’un montant mensuel de 1 300 euros net.

Elle sera allouée après évaluation des dossiers des candidats sélectionnés par un Comité scientifique dont la composition sera précisée par les deux institutions.
Aucune condition de nationalité n’est exigée.

Modalités d’enregistrement des candidatures

Les demandes de bourses doctorales doivent être établies suivant un formulaire à télécharger, durant la période de l’appel à candidatures. Les formulaires de candidature peuvent être téléchargés depuis le site internet du Musée du quai Branly - Jacques Chirac

Pour être enregistré, le dossier de candidature complet doit obligatoirement faire l’objet d’un double envoi avant le 3 mai 2021 à minuit.

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Leonce Raphael Agbodjelou © MQB-JC

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Une nouvelle bourse d’études doctorales pour la connaissance de l’esclavage colonial et de ses héritages, fruit du partenariat de la Fondation avec le Musée du quai Branly 

Indemniser l’esclavage en 1848 ?

Indemniser l’esclavage en 1848 ?

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couverture du livre Indemniser l’esclavage en 1848?

Indemniser l’esclavage en 1848? Débats dans l’Empire français du XIXe siècle de Jessica Balguy
ed. Karthala, CIRESC, 2020.

Jessica Balguy est doctorante à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) au sein du Centre international de recherches sur les esclavages & les post-esclavages (CIRESC). Elle est membre de l'ANR REPAIRS "Réparations, compensations et indemnités au titre de l'esclavage (Europe-Amériques-Afrique) (XIXe-XXIe siècles)". Ses travaux portent principalement sur les libres de couleur de la Martinique, bénéficiaires de l'indemnité coloniale de 1849.

Le 27 avril 1848, alors que la France abolit l'esclavage pour la seconde fois, le gouvernement accorde dans le même temps une indemnité aux colons "dépossédés" de leurs esclaves. Ils reçoivent, par la loi du 30 avril 1849 et son décret d'application du 24 novembre 1849, 126 millions de francs, en versement direct et en rentes. La France traverse alors une crise économique et cette indemnité représente 7 % des dépenses publiques.
Les législateurs prennent pourtant la décision de la verser : c'est la condition que les anciens propriétaires d'esclaves posent à l'Emancipation générale. Tout en abolissant l'esclavage, la France ne veut ni perdre ses possessions ni supprimer l'ordre colonial.

Cet ouvrage reproduit les discussions qui ont conduit à l'élaboration de cette loi. S'y trouvent les plaidoyers des planteurs, les positions de personnalités telles que Cyrille Bissette ou Victor Schoelcher, les échanges au sein de la commission instituée pour en préparer le règlement et les délibérations parlementaires qui ont suivi.
Ces textes permettent de saisir les enjeux de cette indemnisation dont les conséquences sont dénoncées aujourd'hui alors que l’on marque les 20 ans de la Loi Taubira.

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couverture du livre Indemniser l’esclavage en 1848?
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L’historienne Jessica Balguy publie Indemniser l’esclavage en 1848? Débats dans l’Empire français du XIXe siècle ed. Karthala, CIRESC.

Ouverture des candidatures au prix de thèse 2021

Ouverture des candidatures au prix de thèse 2021

Le prix de thèse 2021 de la Fondation a été lancé au cours de la cérémonie de remise de prix en ligne au lauréat 2020 : Maxime Toutain.

Les candidats sont invités à soumettre leur thèse avant le 8 février 2021

Le prix est de 7 000€ comprenant une aide à l'édition.

Lire toutes les conditions dans le règlement 2021.

Voir la vidéo sur la thèse du lauréat 2020

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L'appel aux candidatures au prix de thèse 2021 est ouvert.

Déclaration du Conseil scientifique

Déclaration du Conseil scientifique

Déclaration du Conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage sur l’importance de la recherche sur l’esclavage colonial et ses héritages

Le 30 novembre 2020

Chercheuses et chercheurs en science sociales et en humanités en France et hors de France, nous formons le Conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. La variété de nos spécialités disciplinaires, la diversité de nos champs de recherche, le nombre d’institutions auxquelles nous appartenons, rendent compte de la complexité du phénomène de l’esclavage colonial, de sa dimension mondiale, de ses rapports avec les diverses formes de servitude dans le temps et dans l’espace, de sa place dans l’histoire longue de la colonisation européenne.

Nous affirmons que le monde dans lequel nous vivons est notamment le fruit de cette histoire de plus de quatre siècles ; que ses traces sont toujours visibles, en Afrique et dans l’océan Indien, en Amérique et dans les Caraïbes, et en Europe ; qu’on ne peut pas comprendre les grands phénomènes auxquels nos sociétés sont confrontées – leur diversité et leurs fractures, leur inventivité et leurs contradictions, le jeu complexe en leur sein entre le particulier et l’universel… – sans analyser leurs liens avec ce passé et les héritages qu’il nous a légués.

Ces liens ne sont pas univoques. Ils doivent être historicisés, contextualisés, mis en perspective. Ils nous obligent à interroger les notions de race et de racisme, de domination et d’émancipation, d’identité et d’essentialisation, d’égalité et de discrimination… Ils nous permettent de comprendre comment l’idéal universel des droits humains s’est frotté à la réalité des intérêts économiques, politiques, sociaux ; par quels combats il a dû passer pour s’imposer ; et les limites auxquels il se heurte encore aujourd’hui.

C’est le travail des sciences sociales et des humanités que d’éclairer toutes ces questions, et c’est l’honneur et la force des institutions de recherche que de le faire en garantissant à toutes les chercheuses et tous les chercheurs le respect absolu de leur liberté académique. C’est la raison pour laquelle ce principe a en France une valeur constitutionnelle et il ne saurait être question de l’altérer. Plus que jamais, nous avons besoin de penser et de débattre, c’est-à-dire de confronter nos idées dans les universités et les centres de recherche spécialisés. Cet exercice intellectuel n’a rien d’effrayant. Bien au contraire. Peut-on imaginer, un instant, que les universités du pays d’Aimé Césaire, de Maryse Condé, de Frantz Fanon, de Léon-Gontran Damas, d’André et Simone Schwarz-Bart soient absentes de la réflexion mondiale sur les questions coloniales et post-coloniales ?

Les mémoires de l’esclavage et de la colonisation ne concernent pas seulement certaines communautés, ou certains territoires. Elles appartiennent à notre mémoire commune. Elles sont parties intégrantes, et pas les moindres, du long chemin qui a vu la France se construire sur les ruines de l’Ancien Régime en une démocratie, en une nation, en une République, et se déployer sur tous les continents. Le dire est un effort aussi salutaire que nécessaire pour la cohésion nationale.

Force est pourtant de constater que, aujourd’hui, malgré les nombreux travaux des chercheuses et des chercheurs, de nombreux faits majeurs de l’histoire de l’esclavage et de la colonisation restent largement méconnus. Comme la FME l’a montré dans une note récente, une bonne partie des élèves de France, risquent de n’entendre jamais parler, par exemple, de la Révolution de Saint-Domingue durant leur parcours scolaire, sauf à compter sur la compétence de tel ou tel professeur, et, lorsqu’ils cherchent à approfondir sur internet, quand ce n’est pas sur les réseaux sociaux, leur compréhension de cette histoire complexe, ils n’ont souvent accès qu’à des sources tronquées ou déformées qui contribuent à véhiculer des contresens historiques. Trop souvent, nous constatons les déficits dans la connaissance commune de cette histoire, et nous affirmons l’importance et l’urgence de sa transmission et de sa vulgarisation.

Une démocratie forte ne craint pas le débat : elle le cultive. Elle n’a pas peur de regarder les blessures de son passé : elle se renforce en le faisant. Elle ne rejette pas le pluralisme – de cultures, d’opinions, de croyances… – : elle est ce cadre dans lequel le pluralisme peut s’exprimer de manière harmonieuse.

Un tel projet ne peut se construire que sur le savoir, la raison, le dialogue.

C’est pour cela que nous avons plus que jamais besoin d’une recherche en France sur l’histoire de l’esclavage et ses héritages qui soit reconnue dans nos frontières comme à l’international, en dialogue avec le monde, indépendante et capable d’éclairer et d’analyser les politiques publiques.

C’est pour cela que nous avons plus que jamais besoin des professeurs, et que nous voulons affirmer l’importance de l’éducation, de la transmission du savoir, de la formation de l’esprit critique pour la construction d’une démocratie forte et fidèle à ses promesses de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ils sont nombreux aujourd’hui, ceux et celles qui travaillent à mieux faire connaître cette histoire, à mieux nous en faire comprendre le sens, et qui nous aident à en tirer les leçons, contre toutes les formes de racisme, de discrimination et d’exploitation. Nous, membres du Conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, sommes à leurs côtés pour les accompagner dans cette tâche républicaine essentielle.

Le conseil scientifique

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Déclaration du Conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage sur l’importance de la recherche sur l’esclavage colonial et ses héritages

La FME aux Rendez-vous de l'histoire de Blois

La FME aux Rendez-vous de l'histoire de Blois

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toussaint

(c) José Pentoscrope

La Fondation participe au festival à Blois dont le thème est cette année « Gouverner » avec

le vendredi 9 octobre à 18h. Amphi 1, site chocolaterie.

Vendredi 9 octobre à 14h Amphi vert, Campus de la CCI

En présence de Jean-Marc Ayrault président de la Fondationn.

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(c) José Pentoscrope

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LA FME au Rendez-vous de l'histoire de Blois 

Les vidéos d’Oliwon Lakarayib en Martinique

Les vidéos d’Oliwon Lakarayib en Martinique

L’association Oliwon Lakarayib marque le mois de Mai 2020 sur les réseaux sociaux et sur son site en le consacrant aux abolitions de l’esclavage avec une série de publications rythmant ce mois. Avec quatre vidéos Oliwon Lakarayib qui abordent les abolitions sur le temps long (entre 1791 et 1848) et à plusieurs échelles géographiques. La Caraïbe, à la fois espace moteur, accélérateur et frein des changements politiques et sociaux, peut-elle être considérée comme un laboratoire des abolitions ? Quelles expériences dans les colonies françaises ?  
oliwonlakarayib.com

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Les vidéos d’Oliwon Lakarayib en Martinique
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Patrimoines déchainés commémore 

Entretien avec Romuald Fonkoua

Entretien avec Romuald Fonkoua

ENTRETIEN AVEC ROMUALD FONKOUA
Directeur du Comité scientifique de la FME

Deuxième partie et fin de notre entretien. Après avoir évoqué le rôle du Comité scientifique, les axes principaux des travaux scientifiques, posé les questions mémorielles de l’esclavage sur le continent africain, nous évoquons les travaux universitaires de Romuald Fonkoua.

Caroline Bourgine, journaliste
Vous avez publié avec Christiane Chaulet Achour des réflexions collectives sur le thème : L’esclavage, libérations, abolitions, commémorations, chez Séguier en 2001. Qu’est-ce qui vous a motivé ?

Romuald Fonkoua :
« Au milieu des années 90, je me passionnais pour Haïti, son histoire ancienne, contemporaine et sa littérature… Je ne sais pas d’ailleurs combien de voyages j’ai faits sur cette île…
Au cours des années 2000, Haïti découvre la démocratie. La société à l’époque est en train de muter et renoue de mon point de vue avec sa propre histoire. Nous organisons un grand colloque à la Citadelle Laferrière, consacré aux littératures des Caraïbes où plusieurs intellectuels antillais et français sont présents. Il s’agissait de voir comment les sociétés haïtienne et française s’étaient comportées par rapport à l’esclavage. D’un côté en Haïti, très vite vers une fascination légitime pour l’abolition, et de l’autre en France, les tergiversations face à elle.  C’était une réflexion sur les conséquences des abolitions de l’esclavage sur l’histoire et la politique, la littérature et la culture de l’île ainsi que sur la transformation des arts.
La France avait toujours du mal à mettre en pratique ses propres idéaux. On devinait que l’esclavage n’étant pas pratiqué sur le sol français métropolitain, la bonne conscience collective la tolérait ailleurs. La plupart des écrivains du XIXème siècle, je pense à Lamartine notamment avait déjà dénoncé ce double discours de la France et de sa propre histoire.

Plus tard, avec Christiane Chaulet Achour, nous avons organisé un colloque consacré à Victor Schoelcher et sa représentation dans la littérature des Antilles. Nous nous interrogions sur ce que représentait Schoelcher pour les écrivains. Césaire a été le premier, à la Martinique, à dresser un portrait positif de Schoelcher, cet oublié de l’histoire de France. Très tôt, dès la fin des années 40, il estime que Schoelcher est une personnalité que tout le monde doit connaître, car sans lui, il n’y a pas d’abolition de l’esclavage.
J’avoue qu’à cette époque, j’étais plutôt dans la prédisposition d’une critique de la France par rapport à sa propre histoire. Comment se fait-il qu’elle ne comprenne pas sa propre histoire ? Mon interrogation a évolué aujourd’hui car la question qui se pose c’est : comment faudrait-il qu’elle la comprenne ? »

Parmi les auteurs caribéens vous affectionnez particulièrement Maryse Condé, pourquoi ?

RF :
« Concernant l’esclavage, je prendrais le livre « Les derniers rois mages » qui est une réflexion sur ce que sont devenus les héros de l’esclavage en Afrique Noire et aux Caraïbes.
Comment les sociétés américaines, caribéennes, africaines appréhendent l’esclavage ? Quelles sont les influences de cette histoire sur les consciences et sur les cultures collectives ? Si je résume mon analyse, Maryse dégage trois grands traits par rapport à l’esclavage : d’abord, le roi Béhanzin qui n’a pas le sentiment d’avoir commis un crime et qui va subir les conséquences de sa cécité puisqu’il va être déporté.
Maryse Condé rappelle que cette déportation n’a jamais été perçue en Afrique comme étant l’une des lointaines conséquences de l’esclavage. Certes, l’événement s’est produit durant la période coloniale. Mais Maryse Condé le situe sur une échelle historique plus longue qui lie esclavage et colonisation.

Rappelons que pendant très longtemps, les sociétés africaines n’ont pas considéré la responsabilité des rois africains dans le crime de l’esclavage pour deux raisons au moins. La déportation de Béhanzin (comme celle de plusieurs empereurs et impératrices africains et malgaches exilés loin de chez eux), le dédouane de sa culpabilité. De plus, au XXème siècle, de nombreux intellectuels antillais, caribéens et noirs-américains renouent avec l’Afrique-mère pour résoudre la question de l’identité née de la question de l’esclavage et y retrouver racines et identités.
Maryse elle-même a fait le voyage en Afrique. Quand elle va vivre en Guinée, et plus tard au Ghana, elle a le sentiment de renouer avec ce passé qu’elle aura ensuite l’intelligence de regarder en face.
Ensuite il y a le rapport des noirs américains à l’histoire de l’esclavage. Pour ceux-ci, ce qui compte c’est le premier de la lignée ; celui qui est devenu le premier médecin, avocat noir, le premier à avoir accédé à tel niveau de l’échelle sociale bourgeoise... C’est le récit d’une histoire de l’émancipation des noirs américains que nous donne à lire ce roman.
Enfin, il y a la figure du Guadeloupéen qui vit dans une sorte d’entre-deux : entre l’image projetée d’un Africain descendant d’une lignée mythifiée et la réalité d’une médiocrité incommensurable.
Les derniers rois mages nous livre une perception assez fine des conséquences de l’esclavage et des réponses que nous donnent les sociétés qui l’ont subi ou qui l’ont pratiqué. Maryse Condé est historienne et la plupart du temps ses romans sont historiques.

Qu’est-ce qui vous fascine tant chez les auteurs antillais ?

RF :
« Mes auteurs à moi sont nombreux, Césaire, Damas, Fanon, pour les anciens : D. Laferrière, P. Chamoiseau, R. Confiant, G. Pineau ou Y. Lahens pour les « nouveaux ». La liste serait longue à faire, mais je voudrais m’arrêter néanmoins sur Glissant que j’ai découvert au milieu des années 80, époque où les auteurs antillais avaient le vent en poupe.
Plus jeune, j’avais eu lu le dictionnaire de la francophonie, du camerounais Mongo Béti qui était en exil car trop sulfureux pour son pays. Seul son premier roman écrit dans les années 50, Ville cruelle, avait connu un succès en Afrique. A cette époque, on pouvait lire Césaire car il faisait une critique de l’Occident et pas celle des chefs d’Etat africains et des nouveaux pouvoirs.
Edouard Glissant ouvre pour moi alors un pan insoupçonné et fécond d’une réflexion profonde d’une création littéraire en lien avec l’esclavage. Il pousse plus loin les intuitions de Césaire dont il est un des premiers vrais critiques. Si Césaire voulait qu’après l’esclavage, le descendant d’esclave « commence à penser par le commencement », Glissant lui emboîte le pas en remettant à plat tout ce qu’implique une remise en cause totale de nos schémas et systèmes de pensée contemporains. Au fondement de sa réflexion se trouve la prise en compte systématique du phénomène de l’esclavage.

En guise de conclusion, Romuald Fonkoua pourriez-vous nous donner une métaphore ?
 

RF :
« Si cela devait être un lieu, ce serait un château : la Citadelle Laferrière en Haïti, avec en mémoire des récits. Ce lieu est toujours debout, il est le symbole d’une résistance mémorielle à travers l’histoire. J’ai été marqué (comme Césaire) par cette citadelle en forme de navire. Lorsque je l’ai découverte, ainsi que les ruines du palais du Sans Souci, je me suis dit qu’il fallait un savoir architectural pour construire ces monuments aux XVIIIème et XIXème siècles. Cela m’a fait penser à un autre château construit par les allemands (Jesko Von Puttkamer) au Cameroun occidental durant la période coloniale. Je me suis dit qu’il y avait une relation entre les lieux auxquels on doit être sensible. Présence allemande au Cameroun, présence franco-allemande en Haïti et une présence africaine en Europe…
Edouard Glissant parle d’une histoire éclatée où l’on retrouve toutes les histoires possibles et où se fécondent toutes les mémoires possibles ; une histoire où il y a tous les textes possibles quelle que soit leur nature : poèmes, romans, essais, théâtre.
Au bout du compte, cette métaphore du château que l’on retrouverait à travers des lieux différents permet de se poser la question de l’esclavage et de la diffusion de cette histoire aujourd’hui. Celle du même historique en des lieux différents et de ses conséquences identiques sur des sujets différents ouvre la voie à une réflexion générale sur le devenir de nos mémoires communes… Quand on me demande pourquoi un universitaire africain a accepté la direction du Comité scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, je réponds : pourquoi pas ? C’est la seule vraie réponse.

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Entretien Romuald Fonkoua, Directeur du Comité scientifique de la FME.