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Victor Schoelcher
©FME
Genre
Naissance
1804
Décès
1893
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Journaliste et homme politique français, Victor Schœlcher a consacré sa vie à la lutte contre l’esclavage. Militant de l’abolition sous la Monarchie de Juillet, il est le rédacteur du décret du 27 avril 1848 qui abolit définitivement l'esclavage en France. Jusqu’à sa mort en 1893, il ne cessera de se battre contre l’exploitation dans les colonies françaises.
 

Né à Paris en 1804, Victor Schœlcher est le fils d’un riche fabricant de porcelaine catholique, originaire d’Alsace. Au lycée Condorcet, il côtoie les milieux littéraires et artistiques parisiens et se lie d’amitié avec George Sand, Hector Berlioz et Franz Liszt. Son tempérament idéaliste inquiète son père qui l’envoie développer l’entreprise familiale au Mexique, aux États-Unis et à Cuba. 
C’est à Cuba qu’il découvre, horrifié, la réalité de l’esclavage. De retour en France, il devient journaliste, et s’engage contre les abus du système esclavagiste. D’abord favorable à son démantèlement progressif, il va évoluer jusqu’à devenir un partisan résolu de l’abolition immédiate. Il publie en 1830 dans La revue de Paris l’article “Des Noirs” où il développe sa vision gradualiste, les esclaves n’étant pas, selon lui, prêts pour la liberté. En 1832, après la mort de son père, il revend la manufacture de porcelaine dont il hérite, pour se consacrer pleinement à son combat abolitionniste. En 1833, tandis que le Parlement anglais vote l’abolition progressive dans les colonies britanniques, il publie un premier ouvrage intitulé De l'esclavage des noirs et de la législation coloniale qui invite à humaniser la pratique de l’esclavage sans pour autant l’abolir. 
En 1840, il visite plusieurs habitations agricoles aux Antilles et découvre une situation explosive qui le conduit à militer pour une abolition concertée avec les planteurs. En 1842, il publie Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage, dans lequel il se prononce désormais en faveur d’une abolition immédiate et complète. Cinq ans plus tard, le livre Histoire de l’esclavage pendant ces deux dernières années regroupe ses articles écrits à l'occasion du débat parlementaire sur des lois d’humanisation de l’esclavage, dont il conteste fermement l’approche gradualiste : « Le seul, l'unique remède aux maux incalculables de la servitude, c'est la liberté. Il est impossible d'introduire l'humanité dans l'esclavage. » 


En 1848, il est nommé au sein du gouvernement provisoire de la IIème République sous-secrétaire d'État aux colonies auprès du ministre de la marine et des colonies François Arago. Son bureau est à l’Hôtel de la Marine. C’est lui qui préside la commission d'abolition de l'esclavage, et qui rédige le décret du 27 avril 1848, qui abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. Dans la foulée, il est élu député de la Martinique ainsi que de la Guadeloupe. En 1849, alors que le pouvoir est devenu conservateur après l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, il participe aux travaux qui vont aboutir à la loi du 30 avril 1849, qui indemnisera à hauteur de 126 millions de francs sur 20 ans les anciens propriétaires des esclaves émancipés l’année précédente. S’il soutient le principe de l’indemnisation des maîtres, afin notamment d’éviter l’effondrement de l’économie coloniale et de permettre le versement de salaires aux affranchis, sa proposition d’indemniser également ces derniers est rejetée.


Exilé en Angleterre sous le Second Empire, Victor Schœlcher écrit sur la musique, notamment une biographie du compositeur Haendel. Il revient en France à la chute de Napoléon III. Il est député de la Martinique, avant d'être promu sénateur inamovible en 1875, fonction qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1893. Il poursuit alors ses combats pour la dignité humaine, en s’opposant à la peine de mort ou aux châtiments corporels des bagnards. Il restera toute sa vie un partisan de la colonisation, au nom d’une vision paternaliste de la mission civilisatrice de la France, mais en s’opposant au travail forcé et aux formes déguisées de la traite.


Après sa mort, sa figure fut utilisée dans les « vieilles colonies » comme symbole du projet de la 3ème République. Son nom est donné à une commune (Schoelcher, en Martinique), au principal lycée de Fort-de-France, à de nombreuses rues et places, tandis que la Guadeloupe accueillit ses collections au sein du Musée Schoelcher à Pointe-à-Pitre. Célébré par les chansons populaires comme par le pouvoir colonial comme le libérateur des esclaves, son souvenir fut même invoqué en 1943 par la censure vichyste pour condamner Tropiques, la revue animée par Aimé et Suzanne Césaire.
En 1948, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’abolition, le Parlement décide de son entrée au Panthéon, qui sera effective l’année suivante, avec Félix Eboué, petit-fils d’esclave et compagnon de de Gaulle pendant la 2ème guerre mondiale. 


Porteuse à la fois de la mémoire de l’abolition de 1848 et de l’usage ultérieur que les élites schoelcheristes ont fait de ses combats, la figure de Victor Schoelcher est aujourd’hui contestée dans les DOM, notamment en Martinique où des manifestants ont détruit deux de ses statues le 22 mai 2020, jour de commémoration de l'abolition de l'esclavage dans l’île. En réaction à cet événement qu’ils ont condamné, le président de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage Jean-Marc Ayrault et de son conseil scientifique Romuald Fonkoua ont rappelé les mots d’Aimé Césaire, dans Esclavage et colonisation en1948 : 
« Ainsi donc évoquer Schoelcher, ce n'est pas invoquer un vain fantôme. C'est rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle explosive. Que son œuvre soit incomplète, il n'est que trop évident. (...) Il a apporté aux noirs des Antilles la liberté politique. S'il n'a pu la compléter par leur accès à la propriété et à la sécurité économique, du moins a-t-il créé une contradiction saisissante qui ne peut pas ne pas faire éclater le vieil ordre des choses : celle qui fait du moderne colonisé à la fois un citoyen total et un prolétaire intégral. »

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Source d'information

Fabienne Manière, “Victor Schœlcher (1804 - 1893). Une vie vouée à l'abolition de l'esclavage” publié sur Hérodote.net le 17 juin 2020 : https://www.herodote.net/Une_vie_vouee_a_l_abolition_de_l_esclavage-synthese-2772-123.php 
Nelly Schmidt, “Victor Schœlcher. Une vie, un siècle” publié sur le site du Sénat : https://www.senat.fr/evenement/victor_schoelcher/index.html 
Aude Lorriaux, “Pourquoi des militants ont-ils détruit des statues de Victor Schœlcher (et est-ce justifié) ?”, publié sur le média 20 Minutes le 29 mai 2020 : https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2788147-20200529-pourquoi-militants-detruit-statues-victor-schlcher-justifie 
Communique de la FME suite aux événements du 22 mai 2020 : https://memoire-esclavage.org/sites/default/files/2020-05/CP%20FME%20statues%20Schoelcher%20en%20Martinique.pdf