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Madame de Staël
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Genre
Naissance
1766
Décès
1817
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Anne-Louise-Germaine Necker / Madame de Staël

Germaine de Staël fut une femme de lettres féministe et abolitionniste sous la Révolution et l’Empire.

Anne-Louise-Germaine Necker, dite Madame de Staël, naît à Paris le 22 avril 1766. Issue de la bourgeoisie suisse romande, elle est la fille de Jacques Necker, banquier genevois richissime, et de Suzanne Necker, fille de pasteur d’ascendance plus modeste, qui évoluent dans une société parisienne marquée par l’esprit des Lumières. Riche de ce double héritage, Germaine de Staël grandit au carrefour de la littérature et de la politique et fréquente les esprits éclaires de son temps comme l’Abbé Raynal, habitués du salon littéraire de sa mère, aussi bien que des hommes d’Etat et des diplomates européens, quand son père devient ministre des finances de Louis XVI, en 1776.

Elle reçoit une éducation peu traditionnelle pour une jeune fille de cette époque, tournée vers les arts, les sciences et les langues, où l’écriture occupe une place importante et qui lui confèrent une érudition encyclopédique. En 1786, elle épouse le baron de Staël, ambassadeur du roi de Suède à la cour de France, et fait son entrée dans l’aristocratie. Elle ouvre à son tour un salon, fréquenté par La Fayette, Condorcet ou Talleyrand, et se livre à l’écriture avec succès, publiant des ouvrages philosophiques, des pièces de théâtre, des réflexions sur son temps.

Favorable à la monarchie constitutionnelle, lectrice de Rousseau et admiratrice de l’Angleterre, elle voit positivement la Révolution. La chute de Louis XVI, l’avènement de la République et la radicalisation du régime la contraignent à l’exil en Angleterre. Elle défend la liberté sous tous ses aspects, contre les préjugés de son temps, dont elle perçoit très finement les racines « systémiques » : dans sa correspondance, dans ses œuvres littéraires comme dans ses textes théoriques, elle plaide pour l’éducation et l’autonomie des femmes, et défend des idées abolitionnistes, d’abord contre la traite, à la suite de son père qui en condamne l’immoralité dans son discours devant les Etats-Généraux en mai 1789, puis contre l’esclavage, notamment dans ses nouvelles qu’elle fait paraître dans les années 1790, Mirza ou la lettre d’un voyageur, Histoire de Pauline, et Zulma.

Revenue en France sous le Directoire, elle professe des idées libérales et républicaines modérées. D’abord fascinée par l’épopée du général Bonaparte, elle se heurte à son autoritarisme et son mépris des femmes, et devient une opposante résolue après le 18-Brumaire. Bonaparte la bannit et lui interdit de publier en France, la contraignant une seconde fois à l’exil. Elle s’installe alors dans le château familial à Coppet en Suisse, où elle devient l’une des personnalités intellectuelles les plus influente d’Europe, la grande voix du libéralisme, au cœur d’une galaxie d’écrivains et d’intellectuels comme son ancien amant Benjamin Constant ou Jean de Sismondi, qui forment ce qu’on appellera plus tard le « groupe de Coppet », dont les membres s’engagent à sa suite dans la lutte pour l’abolition de la traite et de l’esclavage, pour des raisons à la fois politiques, économiques et morales. Elle apporte également son soutien à Toussaint Louverture après sa prise de pouvoir à Saint-Domingue, et lors de son emprisonnement au fort de Joux. Lorsqu’elle n’est pas à Coppet, elle sillonne les pays d’Europe (Russie, Italie, Allemagne, Suède…) tout en évitant les troupes napoléoniennes et popularise les nouvelles idées du romantisme, avec notamment son livre De l’Allemagne (1810).

Revenue en France après la chute de Napoléon, elle y jouit du prestige de son opposition irréductible à l’Empire. Mais sa santé décline et elle décède le 14 juillet 1817, à Paris, alors qu’elle n’était âgée que de 51 ans.

Elle laisse une œuvre d’une grande modernité pour l’époque, tournée vers l’exaltation de la liberté, la recherche du bonheur et l’émancipation des groupes dont elle dénonce l’assujettissement, les femmes et les populations réduites en esclavage. Son souvenir inspirera son ancien partenaire Benjamin Constant et son fils Auguste-Louis de Staël-Holstein, qui mèneront une campagne active durant les années 1820 contre la traite et l’esclavage.

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Sources d'informations

Pour en savoir plus :

L’héritage féministe et abolitionniste de Germaine de Staël : Daquin, Françoise Marie Danielle (2020) Slavery and feminism in the writings of Madame de Staël. PhD Thesis, James Cook University.

Hélène Combs, “Elle se prenait le bec avec Napoléon et achetait son mari : Madame de Staël en six histoires”, publié sur France Culture le 18 juillet 2017.

Pierre Bessard, Le groupe de Coppet face à l’esclavage, publié par le Cercle de philosophie politique Benjamin Constant, 2013.

Le groupe de Coppet sur le site du Pôle Mémoriel du Grand-Est 

Germaine de Staël sur le site Gallica 

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